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Communiquer

Communiquer

 

On me dit que je réfléchis trop. Que ce n’est pas bon. Que je devrais me laisser aller. Mais la vérité, c’est que c’est bon pour moi!

Je prends une grande respiration, met mes écouteurs sur mes oreilles et sors de la maison. J’entends la voix de Dylan me crier « C’est ça! Va-t’en! Fui les disputes comme toujours! » tandis que je plogue mon téléphone et je mets ma playlist « country ». Je lève le son jusqu’à temps que le rythme de la musique devienne un peu mon humeur. Ce n’est pas une playlist triste, mais bien une qui donne un rythme à mes pas et qui me rappelle de bons souvenirs. La colère est encore là, mais je sens qu’elle s’en ira.

C’est donc avec un pied devant l’autres que j’avance en essayant de repenser à ce qui a fait monter autant de rage en moi. Dylan, évidemment. Je me demande si on n’est pas arrivé à un point de non-retour. Depuis des semaines que l’on se chicane… ou plutôt qu’il cri et que je le regarde comme s’il avait perdu la tête. Il me dit mes quatre vérités et moi je reste là à le regarder avec colère et tristesse. Non, je ne suis pas parfaite, mais lui aussi a plein de défauts! Lui aussi a plusieurs trucs à arranger, mais je ne suis pas capable de lui en parler. Je fige. Et j’ai peur. J’ai peur qu’il ne le prenne mal. J’ai peur qu’il m’abandonne parce que je n’arriverai pas à lui expliquer ma pensé clairement. J’ai peur qu’il croit que je ne veuille plus de lui quand en fait, la seule chose que je veux, c’est qu’il comprenne ce que je n’aime pas chez lui pour que je cesse d’accumuler et de faire des conneries qui le font exploser.

Pourtant, au début, tout allait si bien… Il y a deux ans déjà que l’on se connait. Je l’avais rencontré dans un party chez une amie. Il était le petit copain d’une des filles présentes. Pourtant, il était venu vers moi et on avait parlé et rigolé toute la soirée. Il me racontait ses aventures au chalet avec son petit frère. Toutes les conneries qu’ils avaient faites. Quand il avait mis le feu à sa poubelle ou bien la fois où il avait grimpé dans un arbre et s’était cassé le bras. De mon côté, je lui contais mes petites gaffes comme le jour où j’étais tombé dans un lac et avais tellement paniqués que j’avais renversé le canot en apportant ma sœur et ma cousine avec moi. Ou la fois où j’étais allé à la barrière entre la forêt et un camp de nudiste rigoler des touts nus qui observaient la nature.

C’était censée être une soirée de fou où l’on se débauche, danse et boit, et c’est surement ce que les autres faisaient, mais la seule chose dont je me rappel, c’est d’avoir eu ce petit coup de foudre pour ce gars. Néanmoins, je savais qu’il avait une copine. Malgré que j’aie passé une merveilleuse soirée avec lui, je l’ai quitté ce soir-là sans lui donner l’espoir qu’on se revoit un jour. Et puis, c’était mieux comme ça dans un sens. Je ne voulais rien d’une relation compliqué.

C’est un mois plus tard seulement que j’ai reçu une demande d’amitié de sa part. Il avait parcouru la liste des amis Facebook de mon amie pour me retrouver. Ça n’avait pas du être facile parce que ma photo de profil était l’image d’une paire de fesse de Lama que j’avais pris au zoo l’été précédent. Absolument rien de sexy. Absolument pas ce à quoi je ressemble, de toute évidence. En tout cas, je l’espère!

Je me mets à rigoler un peu à cette pensée en passant à côté de l’épicerie de la ville, me dirigeant vers le sentier près de la rivière. Je prends une grande respiration et me revoit accepter son invitation pour qu’on se revoit. Il avait proposé une marche sur le bord de la rivière, justement.

Dès que je l’ai vu ce jour-là, mon cœur s’est mis à battre dans ma poitrine. J’ai réalisé qu’il m’avait manqué, même si ça sonne complètement stupide puisque je n’avais passé qu’une seule soirée avec lui. Je lui ai donné un câlin pour le saluer avant de lui sourire comme si ce câlin ne m’avait pas du tout chaviré. Cette fois-là, on a parlé de nos travails respectifs et de nos buts dans la vie. Lui, travaillant fort pour avoir sa propre entreprise de menuiserie un jour et moi lui parlant de mon rêve de devenir une grande designer intérieur. Il trouvait que ça allait bien ensemble. Qu’au final, ça ferait une bonne équipe.

Il me draguait sans arrêt de cette façon subtil. Je rigolais en ignorant ses avances. Je ne voulais pas briser une relation, même si j’avais clairement envie de plus avec lui. Je faisais donc ma difficile d’accès, tout en restant moi-même, lançant quelques craques ici et là.

À la fin de notre promenade, nous nous étions assis sur une chaise berçante près de la rivière. Les étoiles s’étaient mises à apparaître dans le ciel. C’était beau et paisible… Et il s’était alors un peu approché de moi sur le banc. Quand je me suis tournée pour le regarder, il avait les yeux autant brillants que les étoiles. « Merci de m’avoir accompagné aujourd’hui. J’avais vraiment envie de te revoir. » Il avait passé une main dans mes cheveux et j’avais baissé la tête pour échappé à son regard. J’avais cette boule à l’intérieur de moi qui me donnait envie de lui sauter dessus, mais aussi cette bulle dans ma tête qui me disait que c’était une mauvaise idée. « Crystal, regarde-moi. » Je secouais la tête en signe de refus, fixant toujours mes cuisses. « Pourquoi? » Je pris une grande respiration douloureuse. « Tu es trop près de moi. » Il se recula un peu « Désolé. Je ne voulais pas te déranger. Je pensais que peut-être tu en avais envie toi aussi. » J’ai relevé ma tête pour lui jeté un bref regard maintenant qu’il s’était éloigné un peu. Il avait l’air un peu déçu de la tournure des choses. J’ai réalisé qu’il pensait que je n’étais pas du tout attiré vers lui et je me suis sentie coupable. Je lui devais une meilleure explication. « Dylan, ce n’est pas que j’en ai pas envie… C’est que tu as une blonde et que je ne veux pas être la fille qui… » Il posa un doigt sur mes lèvres pour me faire taire avant de rigoler un peu, cette fois beaucoup plus à l’aise. « Tu crois vraiment que je suis encore en couple? » Je fis signe que oui. « Oh la la. Non, je suis célibataire. Wow. La mauvaise image que tu te fais de moi.»

J’ai rigolé un peu avant qu’il ne m’embrasse comme on ne m’avait jamais embrassé. Et à partir de ce moment-là, aucun de nous deux n’a été célibataire.

Je souris à ce souvenir et je sais que mes yeux brillent un peu juste aux souvenirs qui refont surfaces dans ma tête. Ah, cette époque au début d’une relation où tout est magique. Ça me manque tellement.

Je m’arrête un instant pour prendre une glace à la vanille puisque le soleil de ce mois d’été me donne extrêmement chaud. Lorsque je sors mon argent, je vois un appel manqué sur mon téléphone. Dylan, évidemment. Je le referme et me remets à marcher, me rappelant soudainement pourquoi je suis aussi fâchée.

Notre couple fonctionnait bien au départ. Il fonctionne encore bien aujourd’hui, seulement, depuis que nous habitons ensemble, il y a plusieurs trucs qui ne fonctionnent pas. Pour de petits trucs, j’arrive à lui dire. Par exemple, baisser le siège de la toilette est la moindre des choses, surtout le soir avant de se coucher pour ne pas que je me retrouve les deux fesses dans l’eau. Et puis, rincer son verre de jus le matin avant d’aller travailler, c’est important pour ne pas que je me retrouve à essayer de décoller les pulpes d’orange à l’intérieur pendant 10 minutes après mon travail.

Lui aussi il m’en dit. Il déteste quand je laisse des miettes de pains sur la table ou quand je lance mes chaussettes sales sur le divan. Mais dernièrement, ce n’est plus de petites querelles normales. C’est des grosses crises où il me dit ce qui ne va pas chez moi. Et ça me blesse tellement même si la plupart du temps il a raison.

Notre couple a commencé à moins bien aller à cause de sa mère. Elle ne m’aime pas tellement. Je crois qu’elle n’aime pas le fait que je lui ai volé son garçon. Pourtant, j’ai toujours essayé de faire des efforts inhumains pour qu’elle m’apprécie. Mais voilà qu’il y a six mois, au party de Noël, elle a insinué que ça serait la pire idée du siècle si je tombais enceinte de Dylan. Qu’on est pas prêt et que la relation est trop récente. Que Dylan n’avait pas besoin d’avoir un enfant dans les pattes dans ce moment de sa vie. Qu’il venait juste d’arriver à construire son entreprise et que je ne ferais que brisé ses rêves. Que déjà, je prenais beaucoup trop d’espace et ne lui permettait pas de vivre ses propres expériences. Ça m’a blessé. Énormément. Et je n’ai plus voulu parlé à sa mère de la soirée. Dylan n’avait pas entendu. Il était dans une autre pièce. N’empêche, je me disais que peut-être il avait parlé avec sa mère que ça venait de lui. Il a toujours été proche de sa mère. Beaucoup trop.

Un truc qui m’énerve vraiment, c’est que lorsque que j’argumente avec sa mère, il prends toujours son côté même si j’ai raison. Alors, lorsqu’elle m’a dit ça, je savais qu’il prendrait son côté. Mes projets se sont brisées et j’ai été blessée.

Je dois avouer qu’après cette soirée, j’étais un peu distante et ça m’arrivait de pleurer en cachette. Mon rêve à moi, c’était qu’on ait des enfants. Ensemble. Un petit garçon aussi espiègle que lui ou une petite fille avec ses yeux. Peu importe, tant que ça serait avec lui. Mais je ne lui en ai jamais reparlé. Les jours passaient et je l’encourageais dans son travail et ses projets. Il était moins souvent là et quand il était là, j’avais envie de lui dire à quel point il me manquait. Mais plus j’étais distante et plus il le devenait. Les jours où je voulais le coller, il me faisait la tête. Les jours où je lui faisais la tête, il voulait me coller. Ça n’allait vraiment pas. J’avais envie qu’on redevienne aussi proche qu’avant, mais en même temps, je préférais ne pas en parler pour pas empirer les choses. J’avais envie de lui dire que j’étais fière de lui, mais que je n’aimais pas que son nouveau travail nous éloigne autant, mais je trouvais que ce n’était pas juste. Que c’était égoïste. Alors, je me taisais.

Et il a éclaté.

« Ça va Crystal? »

« Oui. »

« T’es sûre? Ça fait des semaines que tu m’dis que ça va, mais t’as pas l’air d’aller. »

« Non, ça va. »

« Est-ce que… Est-ce que tu as rencontré quelqu’un? »

Qu’il me pose la question a comme été un coup de poignard dans mon cœur.

« Non! Comment tu peux penser ça? »

«  T’es de plus en plus distante. Tu ne ris plus de mes blagues. Tu me parles presque plus. Tu me parles plus d’avenir, d’enfants… T’es différente. »

J’aurais voulu lui expliquer à ce moment-là. Lui dire que je ne voulais pas briser sa vie avec mes rêves à moi, que je détestais sa mère, que son emploi prenait trop de temps, qu’il me boudait les jours où je voulais l’approcher… mais à la place, je me suis juste mise à pleurer.

«  Tu n’as plus confiance en moi? »

Il a passé une main sur son visage, désemparé.

« C’est pas ça… mais y’a clairement quelque chose qui cloche et tu veux pas m’en parler. Que veux-tu que je pense d’autres? »

«  Mais je t’aime tellement! »

« Alors, pourquoi tu me le montres pas? »

Je me suis mise à pleurer encore plus et je me suis enfuie aux toilettes pour ne pas qu’il me voit dans cet état. Je n’étais pas arrivée à lui répondre. Je n’aime pas qu’on se chicane. Je n’avais pas envie qu’il me trouve me trouve égoïste. Je ne voulais pas qu’il pense que toutes ses efforts ne servaient à rien. Quand je suis sortie de la salle de bain, il était couché. Je me suis étendue en mettant un bras autour de lui. Habituellement, lorsque je fais ça, il m’embrasse la main. Mais cette fois-là, il ne l’a pas fait. C’est là que j’ai su que quelque chose c’était brisé.

La semaine suivante, j’ai essayé de tout faire pour lui montrer que je l’aimais. Je lui ai cuisiné ses repas préférés, je lui ai donné des bisous avant qu’il parte travailler tous les jours. Je l’attendais pour souper après mon travail. Mais il faisait souvent des heures supplémentaires et je me retrouvais à manger le repas froid et mettre le reste dans le frigo. Un weekend, il s’est mit à me parler de son entreprise avec des étoiles dans les yeux, et j’étais heureuse pour lui, vraiment! Par contre, je me sentais en même temps tout à coup jalouse. Avant, c’était moi qui lui donnait des étoiles dans les yeux. C’est avec moi qu’il aimait passer son temps. C’est avec moi qu’il faisait des plans… maintenant c’était avec elle. Cette entreprise. Celle qui me prenait le droit d’avoir des enfants et un amoureux présent.

« Ok, laisse faire. T’as l’air de t’en foutre complètement! »

Il me parlait encore de son travail pendant que je faisais des dessins sur la table perdu dans mes pensées.

« C’est pas vrai. »

« Oui! À chaque fois que j’te parle du travail, tu t’mets à être plus bête. Au début, tu m’encourageais et là on dirait que tu t’en fous. On dirait que t’es pas heureuse que je réussisse! »

«  Ce n’est pas ça! »

« Alors, c’est quoi? »

Tu n’es plus là pour moi!

Mais je n’arrivais pas à lui dire ça… alors j’ai haussé les épaules.

«  Tu l’sais pas? » J’ai encore haussé les épaules. «  Ben, il serait peut-être temps que tu trouves c’est quoi le problème, parce que je commence à être pas mal tanné. »

J’ai sentie les larmes me monter les yeux. J’ai pris mes clés de voitures et je ne suis partie.

Une larme coule sur ma joue tandis que la chanson change pour une nouvelle. Je décide de faire demi-tour et retourner sur mes pas. Penser à Dylan me fait tellement mal. Pas à cause de nos chicanes, mais surtout parce que je suis incapable de lui dire tout ce qui se passe à l’intérieur de moi. Je suis incapable de lui dire ce qui cloche et c’est en train de nous tuer. Je ne peux pas m’imaginer de le perdre, mais c’est ce qui est en train de se passer. Et je suis trop conne pour agir. J’accélère le pas en me remémorant notre avant-midi.

« J’ai pris des vacances pour qu’elle soit en même temps que toi! » que je dis avec le sourire.

« Oh… je pensais que tu ne pouvais pas les prendre?! » il a l’air un peu déçu.

« Quoi? T’es pas content que j’aie les mêmes vacances que toi? Je pensais qu’on pourrait aller quelque part… »

« Non, c’est juste que je m’étais prévu autre chose vu que tu serais pas avec moi. »

J’ai arrêté de parler et l’ai boudé un peu. Il est arrivé derrière moi pour me serrer dans ses bras. Il m’a donné un bec sur le côté de ma tête.

« Hey, ça va. Je vais essayer de trouver un moment pour qu’on soit ensemble. »

« J’ai l’impression qu’on ne fait plus rien ensemble. » que j’ai dit en regardant le comptoir. Un aveux qui m’avait pris du courage et qui pourtant a semblé passer dans le beurre.

« Disons que t’es pas trop réceptive non plus… »

Je me suis décollée de lui avec colère.

« Qu’est-ce que tu veux dire? C’est toi qui n’est presque jamais là! »

«  Oui, parce qu’à chaque fois que je suis ici avec toi, tu m’fais la tête. J’ai l’impression que t’es distante depuis des mois. Et tu veux jamais me dire ce qu’il y a ! C’est sur qu’il y a quelque chose qui cloche, mais je peux pas rien faire si tu me dis pas c’est quoi. »

«  C’est toi qui me cri après depuis des semaines! »

« Parce que je veux savoir ce qui ne va pas chez toi! Qu’est-ce que t’as! »

J’ai pincer les lèvres parce que c’est la seule chose que je sais faire. Il a soupiré.

« Crystal, écoute. J’sais pas combien de temps j’vais être capable d’endurer ça encore. C’est lourd, ok? On est en couple. C’est censé être un travail d’équipe, mais si t’es pas capable de communiquer, jamais rien va s’arranger, tu comprends? J’ai besoin que tu m’aides un peu. »

Les larmes me sont montés aux yeux. Ça l’a fâché.

« Arrête de pleurer! Tu fais juste ça pleurer à chaque fois que j’te parle! Ça dirait que tu comprends rien! »

Je suis sortie de la pièce pour prendre mes écouteurs.

« Crystal, ou tu vas comme ça? Pourquoi tu fuis encore? Merde, j’essaie de comprendre le problème. Je veux que ça se règle pi toi tu t’enfuis à chaque fois! J’suis tannée, tu comprends? J’en peux plus! Si c’est fini, s’il te plaît, vient me le dire en pleine face pour qu’on arrête de se faire du mal, mais s’il te plait, dit au moins quelque chose au lieu de toujours faire la tête. J’m’ennuie de toi et pourtant à chaque fois qu’on est ensemble… j’ai l’impression que tu te sentirais mieux ailleurs »

Ma lèvre tremblotait et la seule chose que je suis arrivée à lui répondre c’est : « je t’aime! »

Il m’a regardé avec colère. «  Ben ça paraît pas! »

Alors, je suis sortie de la maison.   « C’est ça! Va-t’en! Fui les disputes comme toujours! »

Dans ma dernière relation, je me rappel qu’on ne se chicanait jamais. On n’haussait jamais la voix. Nous ne nous disions pas quand quelque chose ne fonctionnait pas. Ou bien oui, je lui disais, mais il agissait comme si ça n’avait pas trop d’importance. Et quand on s’est quitté, ça n’avait pas trop d’importance non plus. C’est comme si on ne s’était jamais battu pour notre couple…

J’accélère un peu le pas en séchant mes larmes. Encore quelques mètres.

Oui, Dylan et moi nous disputons. Et pourtant, je l’aime tellement. Et pourtant, notre relation est tellement plus vrai que la précédente. J’ai toujours eu l’impression qu’on se chicanait parce qu’il ne voulait plus de moi, mais je réalise qu’il le fait parce qu’il ne veut pas me perdre. Et parce que je suis trop idiote, je suis sure le point de le perdre!

J’arrive devant la porte d’entrée et je m’arrête. Je dois lui parler. Je dois lui expliquer, mais je ne sais pas comment je vais réussir. Je fige à chaque fois. J’ai encore peur qu’il ne le prenne mal. J’ai encore peur qu’il me trouve égoïste. Qu’il me laisse tomber… mais au point où on en est rendu, je n’ai plus rien à perdre parce que si je ne lui parle pas, je le perds aussi.

Je tourne la poignée et j’entre dans la maison. Toutes les lumières sont fermés. Il n’y a pas un bruit. Je me demande s’il est parti. Je me dirige vers le salon et je le vois assis, les coudes sur les genoux et les mains lui cachant le visage. Mon cœur bat la chamade dans la poitrine. Je sais que c’est ma dernière chance. J’essaie de reprendre une grande respiration avant de m’installer à côté de lui sur le divan. On ne se touche pas, on ne se regarde pas et je me mets à lui parler même si je ne sais pas s’il m’écoute.

« J’ai beaucoup de choses à te dire… alors, s’il te plaît, ne dit rien. Écoute moi jusqu’à la fin sinon j’y arriverais pas. Pour commencer… j’suis désolée. T’as raison, j’t’ai pas tout dit. T’as raison, je suis distante et t’as raison, je n’aime pas trop ta nouvelle job. Mais j’ai de la difficulté à te dire ce qui me dérange vraiment. C’est un défaut, je sais. Mais c’est seulement parce que j’ai peur de te blesser. J’ai peur que tu ne me laisses tomber parce que tu verrais une partie de moi que tu n’aimes pas. Mais j’veux juste dire que j’suis pas la seule à avoir des défauts. Toi, quand t’es fâché, tu me le cris par la tête et j’ai l’impression que, que je dises n’importe quoi, je vais juste te mettre encore plus en colère et que tu vas finir par prendre des décisions sur un coup de tête, comme me laisser tomber. Et j’sais que ça sonne un peu dépendante affective, mais c’est seulement que j’suis bien avec toi. Malgré ta tête dure et tes paroles blessantes, je t’aime vraiment beaucoup. » J’essuie une larme sur ma joue. Il n’a pas bougé d’un cheveux et je me demande s’il n’est pas endormie. S’il entends réellement ce que je lui dis. « La vérité, c’est que j’suis égoïste. Tu sais, avant Noël, j’t’ai parlé que je voulais des enfants avec toi. Et je le pensais vraiment. Et tu avais l’air d’accord. Je pensais que c’est ce que tu voulais aussi… mais ta mère m’a fait comprendre que ton bébé, c’était ton entreprise. Que je prenais trop de place dans ta vie et qu’un enfant pourrait tuer ton rêve. Mais j’en avais tellement envie, Dylan. Je voulais créer quelque chose avec toi moi aussi. Et j’ai essayé de te laisser plus d’espace pour tes projets, mais on dirait que tu t’es mis à plus aimer ton travail que moi. » Des soubresauts commencent à apparaître dans ma voix, mais j’essaie de continuer. « Et j’suis devenue jalouse. Jalouse de ton entreprise. Jalouse de ton « bébé ». J’ai l’impression que j’ai perdu la place que j’avais dans ta vie. Et autant j’suis fier de tes projets, autant j’aurais aimé en faire partie. Et… Quand tu m’as dit que tu pensais que j’te trompais, ça m’a vraiment blessée. J’ai eu l’impression que tu n’avais pas confiance en moi. Mais je n’étais pas capable de t’expliquer tout ça… »

Pendant une bonne minute, on n’entends que le son du réfrigérateur dans la cuisine. J’ai les yeux fermés et j’essaie de ne pas penser au pire. Je ne sais pas ce qu’il pense en ce moment. Je ne sais même pas s’il m’a écouté. Mais maintenant que j’ai tout dit à voix haute, je me sens un peu stupide. Pourquoi il serait fâcher pour ça?

C’est à ce moment que je sens un mouvement à côté de moi. Je sens une chaleur près de ma main avant que des doigts s’installent entre les miens. Il les serre un peu comme pour me montrer qu’il est là et je fais la même chose.

« Crystal… J’suis vraiment désolé que ma mère t’es dit ça. Je suis content que tu m’en parles enfin. On communiquait tellement bien au départ. »

Je ressers ses doigts en gardant toujours mes yeux fermer. Je sens son autre main se poser sur mon visage pour le tourner vers lui.

« Regarde-moi » il me chuchote.

Je refuse en secouant la tête de gauche à droite. J’ai trop peur de regarder la réalité en face, surtout si elle est sans lui.

« Crystal, s’il te plait… »

Je cède et entrouvre des yeux surement rouges d’avoir trop pleuré.

« Tu réalises que ce que ma mère a dit n’a rien à voir avec ce que je pense? La prochaine fois qu’elle te fait douter, je veux que tu viennes m’en parler, ok? Parce que je veux des projets avec toi. Et oui, je veux un enfant de toi. Et qu’elle dise n’importe quoi, c’est pas elle qui décide de ma vie. Et j’suis désolée si je passe trop de temps dans ma nouvelle entreprise, mais c’est normal au début. Mais j’ai toujours voulu te faire embarquer dans le projet. C’est seulement que dernièrement j’avais l’impression que ce n’était plus ce que tu voulais. Je voulais que ce soit toi qui design la compagnie. Tu avais l’air de tellement en avoir envie… Je croyais que tu ne voulais plus rien savoir parce que tu ne voulais plus de moi. Je croyais que tu n’avais plus envie d’un avenir avec moi. Tu ne peux pas savoir à quel point ça m’a fait du mal. Alors, s’il te plaît, parle moi la prochaine fois. S’il te plait. »

Je ferme les yeux à nouveau en ayant l’impression que je respire pour la première fois depuis que je suis entrée dans cette pièce. Lorsque j’ouvre de nouveau mes yeux, il me regarde avec une larme à l’œil. Et je le sers dans mes bras.

On me dit que je réfléchis trop. Que ce n’est pas bon. Que je devrais me laisser aller. C’est vrai dans certaines situations, puisque je m’imagine le pire. Mais la vérité, c’est qu’aujourd’hui, sans ça, je l’aurais perdu.

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